En octobre dernier, il a presque perdu une jambe. Aujourd’hui, il se prépare à entamer son deuxième camp d’entraînement chez les Alouettes de Montréal. Quelques mois après avoir eu la frousse de sa vie, Marc-Olivier Brouillette nous parle de la mésaventure médicale qui a bien failli lui voler plus qu’une fin de saison.
Nous sommes à la fin du mois de septembre et l’avion transportant les Alouettes de Montréal atterrit à Calgary. Lorsque le train d’atterrissage touche le sol albertain, Marc-Olivier se réveille avec une bonne fièvre.
« Je croyais que c’était une grippe, que ce n’était rien », s’était-il alors auto diagnostiqué.
Incommodé, l’ancien quart-arrière des Carabins passe les deux journées suivantes dans sa chambre d’hôtel. Il dort 22 heures par jour, évite la lumière du soleil et ne mange pas. Il sent aussi du liquide s’accumuler dans son genou.
De retour à Montréal, Brouillette retrouve rapidement son lit.
Dur réveil
« Le lendemain matin, quand j’ai ouvert les yeux, ma jambe était deux fois plus grosse que d’habitude… de ma cheville à ma hanche. C’était loin d’être beau ».
Ce n’est pas la grippe…
Un voyage à l’urgence et quelques prises de sang plus tard, Brouillette reçoit une douche froide. Les médecins parlent d’une bactérie, on considère même la bactérie mangeuse de chair.
On parle aussi de devoir amputer le québécois de 25 ans de sa jambe. Tout ça pour éviter que l’infection se propage au reste du corps et cause une septicémie.
« Quand on m’a parlé d’amputation, j’ai vraiment eu peur. Je me suis mis à penser à toutes ces petites choses du quotidien qui seraient changées. Conduire, monter les escaliers… je me sentais impuissant face à tout ça », raconte le joueur.
« Je pensais à mon mariage au mois de mai, à la façon que ça affecterait ma femme et tous les gens autour de moi. Je capotais un peu. Le football est bien la dernière chose à laquelle je pensais à ce moment-là », ajoute-t-il.
Cinq jours plus tard, après l’administration de plusieurs antibiotiques, rien ne marche. Reste l’opération.
« Même si ça avait arrêté de se propager, j’avais peur de me réveiller dans la salle avec une jambe en moins. Après avoir parlé au médecin, on m’a confié avoir enlevé un litre et demi de sang infecté de ma jambe », confie Brouillette.
Sortir du gouffre
Marc-Olivier n’est pourtant pas au bout de ses peines. Malgré une opération sans anicroche, la bactérie se rend jusqu’à ses poumons et cause une pneumonie.
« J’ai passé 3 semaines à l’hôpital sur un respirateur artificiel. J’avais de la misère à me lever pour aller à la salle de bain. J’ai perdu au-dessus de 30 livres durant cette période. C’était infernal ».
Il quitte finalement l’hôpital un mois après les premiers symptômes et passe presque tout le mois de novembre à réapprendre à vivre normalement.
« Je ne sortais pas, je n’avais plus de forces et je ne pouvais pas voir mes coéquipiers non plus. Ils avaient peur d’une contamination au sein de l’équipe. »
Tout ça avec un PICC line ou Periphiral Inserted Central Catheter greffé au biceps : une petite pompe qui injecte des antibiotiques directement au cœur pour les répandre dans le reste du corps.
« Tranquillement j’ai recommencé à manger, j’ai repris une quinzaine de livres, mais je ne pouvais pas m’entraîner intensément », explique le québécois.
Une épreuve de plus à ses yeux : « Je suis ce qu’on appelle un gym rat. J’adore ça! Ça me faisait un peu mal au cœur de seulement pouvoir mettre une plate au benchpress », affirme-t-il en riant.
Enfin, alors que novembre s’achève, Marc-Olivier obtient le feu vert pour assister à la pratique de son équipe en prévision de la finale de l’est contre les Argonauts de Toronto.
« En regardant les gars pratiquer, mentalement, je sentais que je pouvais mettre mon casque et aller les rejoindre tout de suite ».
La renaissance
Sa présence aux entraînements des Oiseaux et un voyage à Edmonton pour voir sa formation remporter la Coupe Grey redonne à Marc-Olivier Brouillette le goût de sauter sur le terrain.
Or, c’est sa nomination au titre de recrue de l’année chez les Alouettes qui le convainc de se battre pour revenir non seulement en santé, mais en forme.
« Ça m’a fait réaliser que les entraîneurs avaient confiance en moi même si j’ai joué seulement huit matchs en 2010. Ça m’a donné un gros boost, la force de passer outre ce que j’ai vécu », affirme l’ancien joueur vedette de l’Université de Montréal.
Bien vite, Marc-Olivier Brouillette se remet en « mode football ».
Début décembre, il migre vers le sud pour passer du bon temps avec sa copine et s’entraîner sous le chaud soleil de la Floride.
« Je suis parti là-bas avec un objectif clair : revenir en forme »
S’entraînant deux fois par jour et joggant régulièrement pour retrouver des capacités cardiovasculaires diminuées par sa pneumonie, le québécois redouble d’ardeur.
Finalement, au mois de mai, Marc-Olivier Brouillette revient au Québec pour se tenir sur l’autel… sur ses deux jambes.
« Je pensais beaucoup à mon mariage quand j’étais à l’hôpital. Le fait que tout se soit passé normalement, c’est une bénédiction », affirme-t-il.
À quelques jours d’un camp d’entraînement où la compétition s’annonce féroce, le jeune joueur se sent prêt.
« Physiquement, je suis au même niveau de l’an dernier. Toutefois, mentalement, je me sens plus fort que jamais. L’expérience acquise l’an dernier, tant au niveau sportif que personnel, va m’aider », estime celui qui se battra pour un poste de maraudeur ou de secondeur sur l’alignement montréalais.
On sent l’excitation dans la voix du joueur qui a bien hâte de pouvoir remettre son casque et plaquer quelques receveurs de six pieds.
Or, les adversaires les plus redoutables ne sont pas toujours les plus gros et ça, Marco le sait bien maintenant.