On n’en parlera pas…
…dans la plupart des médias du moins. Or, la fin de semaine dernière, 45 jeunes hommes dont 20 québécois ont écrit une nouvelle page d’histoire.
« Les Américains sont maintenant obligés de nous prendre au sérieux. Ça leur ouvre les yeux. On leur a prouvé qu’il y a du bon football qui se joue ailleurs sur la planète. »
C’est le constat que dresse le secondeur Jean-Gabriel Poulin suite à la victoire de 23-17 de l’équipe canadienne contre les États-Unis en finale du Championnat du monde U19 de la Fédération international de football américain (IFAF).
« Ils le savent maintenant! Nous pouvons les battre chaque année », renchérit son coéquipier Chris Amoah, porteur de ballon.
Ce gain face aux 45 meilleurs joueurs au sud de la frontière revêt d’autant plus de poids historique puisqu’il s’agit de la première grande victoire canadienne à ce prestigieux tournoi international.
Là où les Jérémi Roch, Byron Archambault et Danny Groulx ont échoué auparavant, Jean-Gabriel Poulin, Chris Amoah et leurs équipiers ont réussi. « C’est un grand moment pour notre football. De battre des gars qui ont tous reçu 15 à 30 offres d’équipes de la NCAA, c’est extrêmement gratifiant », explique Poulin, secondeur avec les Cheetahs de Vanier.

Des adversaires hostiles
Louis-Philippe Simoneau, botteur de l’équipe canadienne, est lui aussi sur un nuage depuis la partie décisive du 7 juillet dernier.
Pour ce dernier, même si la victoire est un accomplissement grisant en soit, c’est peut-être l’arrière-goût de vengeance qui rend l’exploit aussi savoureux. « Durant toute la durée du tournoi, les Américains ont intimidé les autres équipes. On était chez eux à Austin [Texas] et il nous le faisait clairement sentir. Il faisait de l’attitude à tout le monde », affirme le botteur.
Fort d’une tradition gagnante qui remonte à des années, il n’est pas bien ardu d’imaginer l’accueil difficile que les États-Uniens ont réservé à leurs adversaires du nord.
« À un certain moment, je tentais de revenir dans ma chambre qui se trouvait à l’étage et leur équipe s’était assise dans les escaliers pour me bloquer le passage. Il a fallu que je me fraie un chemin sous les huées et les “USA! USA! USA!” », raconte le jeune homme originaire de Saint-Hyacinthe.
« On a été piqués par cette perception qu’ils ont de nous. ‘’ Les Canadiens ne connaissent que le hockey, le sirop d’érable et Justin Bieber’’ : on voulait s’arranger pour ajouter le football à leur liste », rajoute Simoneau.
Selon Jean-Gabriel Poulin, les « Fuck Canada » étaient aussi légion sur le campus où résidait la formation canadienne. Pour Chris Amoah, c’est sur le terrain que les voisins du sud étaient les plus agressifs verbalement. « On nous avait préparé à ça. On est juste demeurés calmes et on a continué à jouer », explique le demi-offensif.
Finalement, toute cette intimidation n’aura fait que motiver davantage l’équipe canadienne en vue de l’ultime affrontement. Ce ne serait toutefois pas la seule embûche que la troupe de l’entraîneur-chef Noel Thorpe trouverait sur son chemin.

En enfer
En plus du tempérament chaud des yankees, les 45 joueurs canadiens ont aussi dû composer avec le climat infernal et peu accueillant d’Austin. Durant la durée de la compétition, Équipe Canada a dû s’entraîner sous des chaleurs record. « Je suis botteur, je ne bouge pas beaucoup et j’ai sué comme jamais! », raconte Simoneau.
« Ce n’est pas idéal quand la plupart des joueurs de ton équipe n’ont jamais fait de lessive de leur vie », ajoute-t-il en riant.
Celui qui a été nommé sur l’équipe étoile du tournoi avoue toutefois que c’est entre autres grâce à ces entraînements sous les UVs texans que la formation canadienne est arrivée prête pour la finale contre les États-Unis.
« Tout ce à quoi les entraîneurs nous ont soumis était en prévision de ce match contre les Américains. Les couvres-feus à 11 h, les entraînements difficiles… ça a fini par payer. »
La confiance
Au bout du compte, outre le travail de leurs entraîneurs c’est peut-être la confiance des joueurs en leurs propres moyens et ce sentiment croissant que « Oui, les Américains peuvent être battus » qui a mené à ce résultat. Un exploit que l’amateur de football canadien se devra de garder en mémoire pour les années à venir.
« On sent le vent tourner. Notre pays se bâtit une solide réputation », conclut Jean-Gabriel Poulin.
Félicitations aux entraîneurs, au personnel de soutien de même qu’aux 45 joueurs de l’édition 2012. Plus spécialement à ceux d’ici : Hugo Richard, Christopher Amoah, Regis Cibasu, Alexandre Huard, Alexandre Savard, Louis-Gabriel Beaudet, Lloyd Constant, Jean-Simon Roy, Edward Godin Gosselin, Clement Lebreux, Charles Rémy-Sarrazin, Pierre-Luc Caron, Maxime Drolet, Nicholas Easterbrook, Jean-Gabriel Poulin, Marc-Antoine Varin, Tomy Duperron, Khadim Mbaye, Kevin McGee et Louis-Philippe Simoneau.